SUPERBIEN à Sydney pour Vivid LIVE

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Du 27 mai au 13 juin 2011, Vivid Sydney illumine la ville de Sydney pour la troisième année consécutive.
Initié en 2009, ce Festival colorie la ville de fabuleux spectacles de lumière, de musique et d’idées. Et bien sûr, les voiles de l’Opéra de Sydney feront partie de ce tableau. Cette année, c’est l’agence française SUPERBIEN qui a obtenu le gros lot et ‘l’honneur de travailler sur ce monument iconique’, comme le dit Thomas Chosson, l’un des créateurs de l’agence. Ces artistes vont transformer l’Opéra de Sydney grâce à des images 3D en vidéo-mapping. Ils ont été selectionnés par Stephen Pavlovic, l’organisateur de Vivid LIVE, du fait de leur approche expérimentale.

Rita Orsini, du Powerhouse Museum, a eu le plaisir de converser avec Thomas Chosson de l’agence SUPERBIEN. C’est avec un enthousiasme contagieux qu’il raconte comment l’agence a décroché Lighting the Sails, l’envergure du projet, leur manière de travailler, leur vision, les défis qu’ils ont rencontrés, leur joie de participer au Festival Vivid LIVE.

On trouve dans les médias cette description de SUPERBIEN: un collectif français de vidéographistes de l’art et du design, des perfectionnistes multi-talentueux de diverses disciplines. Je me demande si c’est comme ça qu’on vous décrit en France aussi.
Oui, un peu. On a toujours un peu de mal à se décrire nous-mêmes. Mais c’est vrai, on est plusieurs en studio et on vient d’univers différents, du design, de l’illustration, du graphisme, de la vidéo. On a commencé en 2007 avec mon associé Alex et puis on s’est agrandi et maintenant on est six.

Vous vous complétez en quelque sorte’
Oui, vraiment. Ca se complète, ça se croise. C’est assez bien et enrichissant, vu qu’on est de domaines différents.

Le nom SUPERBIEN, en lettres majuscules, pourquoi’
Quand on a commencé avec mon associé Alex, on n’était que tous les deux et on a cherché un nom pour notre société. Très vite, on s’aperçoit que chercher un nom pour les autres, c’est plus simple. Pour soi, c’est très compliqué. Et puis tous les noms qu’on aimait bien étaient déjà pris. On est partis sur des expressions, des onomatopées. Le nom est venu comme ça. Et on s’est dit SUPERBIEN, ce serait drôle ‘ en le prenant vraiment au second degré. C’était tellement gros de s’appeler SUPERBIEN qu’on s’est dit que ce n’était pas mal.

On peut dire SUPERBIEN, c’est super bien.
Voilà. Avec humour parce qu’on essaie de ne pas trop le prendre au sérieux. Et puis, c’est marrant de voir la réaction des gens.

Et le fait qu’on vous appelle des ‘perfectionnistes’ à Sydney, ça vous convient’
Avant tout, on est une société, une agence à des fins commerciales. On est toujours obligés d’être perfectionnistes. On a des clients en face de nous, qui sont exigeants aussi, donc ça me semble assez naturel. On essaie à chaque fois d’aller le plus loin possible avec le projet qu’on a, avec le temps qu’on a. Pour Sydney, pour l’Opéra, c’était assez nouveau pour nous, parce qu’on est d’habitude en face de problématiques avec des clients qui ont déjà une image de marque et des attentes. On essaie toujours de s’adapter et de contribuer. Mais là pour le coup, c’était totalement différent.

On vous a laissé carte blanche.
Oui, carte blanche, avec pas mal de discussions avec les gars du Modular et de l’Opéra sur l’univers et sur les références utilisées.

Vous n’êtes donc pas venus à Sydney. Cela s’est fait à distance’
Si, je suis venu à Sydney fin mars, pour quelques jours pour rencontrer Stephen Pavlovic de Vivid LIVE et les gens de l’Opéra. On en a aussi profité parce qu’il y avait Youtube Symphony à l’Opéra de Sydney, avec des projections sur l’Opéra. Ca nous a permis de toucher un petit peu la réalité, la taille, l’ampleur du travail.
C’était la première fois que je venais en Australie, à Sydney, et de voir l’Opéra comme ça, de visu, c’était vraiment vraiment vraiment impressionnant. J’ai eu une bonne claque. C’est une structure qui est unique. Avec le port à côté, le jardin botanique, la baie, c’est vraiment impressionnant. On est vraiment contents.

C’est vous qui aviez contacté Vivid LIVE pour ce projet’
Non, ce sont eux qui nous ont contactés. Je crois qu’ils avaient entendu parler de notre travail par hasard, par quelqu’un qu’ils connaissaient. Et voilà, ils nous ont contactés. Au début on n’y croyait pas, c’est un si beau projet, et vraiment inattendu. Voilà, ils nous ont demandé si ça pouvait nous intéresser et on a commencé à en discuter et puis ça s’est fait. Assez naturellement, c’est assez chouette.

C’est le premier projet que vous faites à l’étranger’
Non, on a fait des projets en Europe, autour de la France, l’Espagne, l’Allemagne, mais plus dans le cadre privé, de salon, un peu plus commerciaux, de commande. C’est la première fois qu’on s’attaque à quelque chose d’aussi gros. Quelque chose de cette taille.

Quand vous travaillez, vous tenez compte de la structure sur laquelle est projetée votre oeuvre ou vous partez dans la créativité pure’
On part dans la création mais on tient compte de la structure. L’idée, c’était d’avoir un travail plus proche de l’architecture du bâtiment, qui est vraiment unique. S’appuyer sur les lignes de force, sur les différentes structures qui le composent. Oui, même si après on prend des libertés créatives, avec des choses figuratives et abstraites, on respecte toujours le bâtiment. On ne l’utilise pas comme un écran plat.

Est-ce que vous prenez aussi en compte l’environnement, le fait qu’il soit près du jardin botanique, près de la baie, près de l’eau’
Oui, l’eau aussi’ tout à fait. Ca rentre dans les petites histoires qu’on raconte, autour de l’eau et de tout ce qui entoure l’Opéra.

Vous pouvez nous en dire un peu plus sur les images que vous allez utiliser pour Sydney’ Ou c’est encore un secret’
La plupart des images, on les a créées, c’est vraiment de l’animation pure et dure. En fait, c’est un peu un mélange. Il y a des prises de vue réelles et on a aussi utilisé de la 3D, on a travaillé avec des photos qu’on avait. C’est un peu la façon qu’on a de travailler d’habitude, vu qu’on vient d’horizons tout à fait différents. On n’est pas simplement rattachés à la 3 D ou à l’animation. On essaie de mélanger les effets en fonction de ce qu’on veut raconter.

Et quelle est votre histoire pour Sydney’
Pour Sydney, ça va se faire sur quatre grands tableaux. Il y en a un qui sera autour d’une interprétation du vivant et autour de la mer. La deuxième sera beaucoup plus architecturale, on jouera vraiment avec les lignes du bâtiment, avec son rythme, avec l’échelle, et beaucoup avec la couleur aussi. On aura une partie beaucoup plus psychédélique, mais on fera interagir le bâtiment avec les forces, pour lui donner une autre dimension. Le quatrième sera plus une transformation complète du bâtiment. Ce sera quelque chose d’un peu plus poétique. On veut toujours garder la structure de l’Opéra, mais en changeant l’appréhension qu’on peut en avoir, en transformant les sensations. Je ne sais pas si je suis assez clair, c’est un peu difficile à expliquer en quelques mots. Il faudra le voir.

La projection des quatre tableaux se fait-elle en boucle’
Oui, mais il y a des boucles différentes qui vont pouvoir se marier entre elles. Des boucles un peu plus longues et assez calmes et des boucles assez rapides et assez courtes et rhythmées. Pour qu’on n’ait pas l’impression de voir la même chose tous les soirs. Elles vont pouvoir se mélanger.

Ce ne sont pas des boucles continues qui se répètent de manière régulière’
Le premier jour, on va avoir des choses différentes et petit à petit on va commencer à les mélanger entre elles.

Votre projet est différent dans l’approche par rapport aux projets d’illumination des années précédentes. In 2009, Brian Eno avait choisi de magnifiques images statiques; en 2010 Laurie Anderson a joué avec le mouvement fluide de formes pastels.
Nous, on essaie vraiment de jouer avec la structure de l’Opéra, de la mettre en valeur. La première chose à faire, c’est redessiner toutes les lignes du bâtiment. En surbrilliance, pour mettre en valeur toute la matière et les couleurs. On va jouer avec la matière et les couleurs mais toujours en essayant de coller à la structure.

Vous le réveillez le bâtiment, vous allez le faire vivre pour qu’il se mette en marche.
Oui, on le réveille. On le réveille, et on le révèle. Il est tellement unique et atypique. Ce serait dommage de passer à côté.

Comment allez-vous projeter les images sur l’Opéra, d’où vous partez’
C’est une compagnie australienne qui s’occupe de la projection. Ils s’appellent the Electric Canvas La projection se fait de l’autre côté du port, à environ 400 m. On a huit vidéo-projecteurs. On travaille d’après des vues-photos de l’emplacement, d’après les points de vue des vidéo-projecteurs. En fait, ça nous sert de base de travail. Pour se caler sur la forme. Et après, les gens de Electric Canvas récupèrent nos fichiers et il y a tout un processus de réglage pour caler sur la forme.

Vous travaillez donc en proche collaboration avec eux’
C’est vraiment un travail à deux. Les contraintes techniques sont vraiment au coeur du problème. On est obligés de prendre en compte ces problèmes quand on fait ce travail-là. C’est vraiment un travail à quatre mains.

Et c’est ce que vous faites d’habitude, il y a toujours une équipe technique qui s’occupe de la projection’
Bien sûr. C’est une partie qu’on aime assez. On travaille souvent avec les mêmes personnes en France. On a lié de bons contacts, ce sont devenus des amis. On essaie aussi de développer un peu les techniques en parallèle. Eux utilisent des logiciels de projection, de déformation. Nous, on les teste, on essaie de donner des conseils, d’orienter. C’est une partie qui est indispensable. Ca ne pourrait pas fonctionner sans ça.

Quels sont les défis que vous avez rencontrés dans ce projet’
Le plus gros challenge, c’était en terme d’échelle. C’est très long à mettre en place, parce qu’on a des fichiers de vidéos très lourds, en gros plus de 5000 pixels de large, 2000 de haut. Ca fait tout de suite des temps de calcul importants. Ce sont des volumes de fichiers qui sont très lourds, donc assez longs à manipuler. On a une fréquence d’images d’environ 50 images seconde, ce qui est le double de ce qu’on a d’habitude pour la vidéo. Le défi, c’est d’essayer de faire ce qu’on a envie mais en l’optimisant pour que techniquement ce ne soit pas trop lourd et que ça puisse être calculé plus facilement.

Est-ce que vous pensez que votre projet a quelque chose de typiquement français’ Existe-t-il encore un style typiquement national’
Non, c’est de plus en plus dur. Peut-être, ça peut encore se trouver dans la typographie. Mais depuis Internet, l’accès est facilité et on voit tellement de choses que les frontières s’estompent. Il n’y a pas du tout de référence à la culture française dans ce qu’on a fait pour l’Opéra. Non, non. Je ne pense pas qu’on puisse qualifier notre projet de français. Nous, on ne le voit pas comme ça. Peut-être avec plus de recul, les gens pourront se dire ça, mais ce n’était pas une intention de départ.

Vous vous voyez où dans quelques années, comment vous pensez que votre travail évoluera’ J’imagine qu’il y a un côté technologique qui va influencer les choses.
Oui, les technologies évoluent et tout ce qui se développe sur la 3D, l’hologramme et toutes ces technologies qui peuvent être appliquées au grand spectacle sur des grandes échelles. C’est assez excitant.
Dans quelques années’ Oh, on aimerait bien faire d’autres projets comme celui-ci. Pourquoi pas faire un tour du monde des plus beaux endroits, essayer de projeter dessus. Ce serait vraiment bien.
On a vraiment de la chance d’avoir un projet comme Sydney, de pouvoir voyager, rencontrer des gens et faire des choses aussi uniques et intéressantes.
Et dans 10 ans’ J’espère qu’on aura toujours le même plaisir à travailler.

Vous avez réalisé le lancement pour Dior récemment. Quel est votre prochain projet’
On a un autre gros projet interéssant, qui est en vidéo-mapping aussi. Ce sera à Paris en juin, pour Arena (les maillots de bain’). C’est une projection qui va tourner autour de l’eau et de la natation. C’est assez différent parce qu’on va avoir une grosse partie de tournage en piscine avec des nageurs. C’est vraiment chouette.

Le Powerhouse Museum prépare le Design Festival qui, tous les mois d’août, met en scène les nouvelles tendances dans le design à travers des expositions, des manifestations et des discussions. Cette année, le thème choisi est ‘Is Old New Again’ (Le vieux est-il le nouveau neuf’), en référence à l’utilisation faite par les créateurs de techniques anciennes et/ou traditionnelles associées à des technologies de pointe. Tout cela, en priorisant le recyclage, la re-pensée des matériaux, l’environnement’ Dans votre manière de travailler, est-ce qu’il y a la place pour ce genre d’approche’
C’est difficilement applicable à ce qu’on fait. Par contre, c’est quelque chose qu’on aime bien et qu’on suit. Le fait est qu’on est dans l’image, quelque chose qui est assez fugace. On essaie au maximum mais comme on est sur un support digital, on est obligés de passer par l’ordinateur et par ces technologies. Maintenant, dans nos matières premières, on peut utiliser tout et n’importe quoi, ça peut être du dessin, de la peinture, même si ça ne se voit pas à la fin. On utilise toutes sortes de matériaux. Dans notre milieu, ce concept pourrait s’intégrer dans des collaborations avec des designers, des mises en valeur, trouver aussi de nouveaux supports, de nouvelles matières.

Il y a autre chose que vous voulez dire ou faire savoir au public australien’
On est vraiment contents de venir. J’arriverai le 23 mai pour régler toute la mise en place avec l’équipe d’Electric Canvas et être sur place s’il y a des problèmes avec les fichiers.

Et pour profiter du festival quand même’
Une fois que tout sera lancé, on en profitera un peu plus.

Qu’est-ce que vous souhaitez faire pendant votre séjour à Sydney’
Je resterai en Australie environ deux semaines après le festival. Je voudrais visiter la ville parce que je n’y suis venu que pendant 4 jours en tout. C’était très rapide, je n’ai pas eu le temps de voir Sydney. J’ai envie de connaître la ville, les environs, la côte près de Sydney, l’intérieur du pays, voilà. Je vais me laisser guider au gré des gens que je vais rencontrer.

Vous parlez anglais’
Oui, je parle anglais, Je le comprends assez bien. J’arrive à parler anglais mais il faut que je prenne mon temps. Puisqu’on travaille au niveau international, on est amenés à parler anglais. Mais il faut que je me remette dans le bain. Je pense qu’au bout de trois semaines en Australie, ça devrait aller. Ca va me dérouiller un petit peu.

Merci Tom de nous avoir accordé cet entretien et je suis très impatiente de voir votre projet à l’Opéra de Sydney.
Oui, nous aussi on est impatients.